Économie biophysique

L'énergie comme fondement
de l'économie

Ce que la théorie économique dominante omet depuis 150 ans — et pourquoi cette omission explique la stagnation, les crises financières, et les limites de la croissance moderne.

Pascal Gagnon Première version : 2006 Mis à jour : 2025 Lecture : 20–30 min

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Ce que l'économie standard ne vous dit pas

Depuis le début de l'ère industrielle, les économistes ont développé des théories de plus en plus sophistiquées pour expliquer la croissance économique. Ces théories ont en commun une omission remarquable : l'énergie n'y joue qu'un rôle marginal, voire inexistant.

La formule canonique de la macroéconomie néoclassique — celle que l'on enseigne dans tous les programmes universitaires — est la suivante :

Y = f ( K, A·N ) Y = Production totale (PIB)
K = Capital (machines, infrastructure, bâtiments)
N = Travail humain (heures travaillées)
A = Progrès technologique (facteur résiduel)

Dans ce modèle, la croissance économique est le produit du capital et du travail, multipliés par un facteur de progrès technologique. L'énergie, si elle apparaît du tout, est classée sous « capital » ou traitée comme une simple marchandise dont le prix régule automatiquement l'usage. Cette représentation du monde a guidé les politiques économiques des pays industrialisés pendant plus d'un siècle.

Thèse centrale

L'énergie n'est pas une simple marchandise parmi d'autres. C'est la condition préalable à toute activité économique. Sans énergie de qualité suffisante et à un coût accessible, ni le capital ni le travail ne peuvent être mobilisés. La croissance économique des 200 dernières années est, en grande partie, la conséquence directe de l'accès à des sources d'énergie de plus en plus concentrées et bon marché.

Cette thèse n'est pas nouvelle. Elle a été posée dès 2006 dans un rapport de maîtrise produit à l'Université du Québec à Chicoutimi,[1] puis développée rigoureusement sur plusieurs décennies par des chercheurs comme Charles A.S. Hall, Kent Klitgaard, Robert Ayres et Vaclav Smil. Les données des vingt dernières années ont largement confirmé ses implications.

Une nouvelle fonction de production

Le problème fondamental de la théorie néoclassique est qu'elle traite l'économie comme un système fermé — un circuit d'échanges entre entreprises et ménages, où l'argent circule en boucle perpétuelle. Ce modèle ignore que toute production économique nécessite des intrants matériels et énergétiques prélevés dans le monde physique, et génère des déchets qui y retournent.

La substitution de l'énergie au progrès technologique

Une modification mineure mais fondamentale de la fonction de production révèle ce que la théorie standard masque :

Y = f ( K, EN × η ) Y = Production totale
K = Capital
N = Travail humain
E = Énergie (en remplacement du facteur A)
η = Coefficient d'efficacité institutionnelle

Cette reformulation, proposée initialement dans le rapport de 2006[1] et développée formellement par Hall et Klitgaard,[2] suggère que ce que les économistes appellent « progrès technologique » est, en réalité, la découverte successive de formes d'énergie de plus en plus concentrées et accessibles. Le passage du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, n'est pas d'abord une histoire technologique — c'est une histoire énergétique.

Figure 1 — Graphique original, Gagnon (2006)
Capital par travailleur effectif K/EN Production par travailleur Y/EN N₀ N₁ Y₀ Y₁ f(K/EN) Courbe de croissance et énergie

La courbe f(K/EN) illustre les rendements décroissants du capital lorsque l'énergie est maintenue constante. Un accroissement du travail de N₀ à N₁ produit une augmentation de production de Y₀ à Y₁, mais chaque unité supplémentaire de travail contribue de moins en moins à la production. Seul un accroissement de E — l'énergie disponible — peut déplacer la courbe vers le haut. Source : Gagnon (2006)

Figure 2 — Énergie primaire per capita vs PIB per capita (1820–2020)
1820 1900 1950 1973 2020 Faible Moyen Élevé Choc pétrolier 1973 PIB continue Énergie stagne PIB per capita Énergie per capita Sources : Maddison (2003), Our World in Data (2023), Hall & Klitgaard (2018)

La corrélation entre consommation d'énergie primaire per capita et PIB per capita est remarquablement stable de 1820 à 1973. Après le premier choc pétrolier, le PIB continue d'augmenter en termes nominaux, mais la croissance réelle de la productivité ralentit significativement — ce que l'économiste Tyler Cowen a nommé la « grande stagnation ».[7]

Le paramètre manquant : η, l'efficacité institutionnelle

Hall et Klitgaard s'arrêtent à Y = f(K, E·N). Cette formule est puissante, mais elle contient une lacune : deux sociétés disposant du même stock de capital, de la même main-d'œuvre et du même accès à l'énergie peuvent produire des résultats économiques radicalement différents. La Norvège et le Nigeria sont tous deux d'importants producteurs pétroliers. L'URSS des années 1980 consommait autant d'énergie par habitant que les États-Unis. Pourtant, les écarts de production sont abyssaux.

Ce que la formule ne capture pas, c'est la qualité des institutions — leur capacité à convertir efficacement l'énergie disponible en production réelle. C'est ce paramètre, noté η (êta), que j'ai introduit pour compléter la fonction :

Y = f ( K, EN × η )

η n'est pas un facteur résiduel mystérieux comme le « A » néoclassique. C'est un coefficient mesurable : qualité du droit des contrats, efficacité de l'allocation du capital, corruption, cohésion sociale, capacité d'adaptation technologique. Un η faible signifie que l'énergie disponible se dissipe en rentes, en inefficacités bureaucratiques, en conflits — avant même d'atteindre la production.

L'intuition s'est cristallisée en analysant un cas concret : le conflit russo-ukrainien depuis 2022. Un drone FPV ukrainien coûte entre 400 et 800 $ US et peut neutraliser des chars, des systèmes TOR et BUK, des stations radar, des véhicules blindés et des citernes dont la valeur cumulée dépasse de mille fois son coût de fabrication. L'EROI militaire de ce système est extraordinaire — mais ce qui le rend possible, c'est un η institutionnel élevé côté ukrainien : adaptation rapide, décentralisation des décisions tactiques, intégration civile-militaire des filières de production. La Russie dispose d'un stock d'énergie et de capital sans commune mesure — et pourtant son rendement au combat est structurellement inférieur, précisément parce que son η institutionnel comprime la conversion de ces ressources en capacité réelle.

Ce rapport d'efficience favorable à l'acteur institutionnellement agile n'est pas apparu en 2022. En Afghanistan (1986–1989), les missiles Stinger fournis par les États-Unis aux Moudjahidines — au coût unitaire d'environ 38 000 $ — ont neutralisé des hélicoptères Mi-24 Hind soviétiques dont le coût de remplacement dépassait dix millions de dollars. En détruisant la supériorité aérienne qui rendait l'URSS quasi-imbattable dans ce terrain, ces lance-missiles portatifs ont contribué à mettre en échec une puissance militaire dont le budget et l'avantage matériel étaient sans commune mesure avec celui des insurgés. Même mécanique : un η institutionnel élevé — connaissance du terrain, flexibilité tactique, motivation — qui compense un rapport de force matériel de un contre cent.

Ce que l'Ukraine démontre sur un champ de bataille en 2024, l'Afghanistan l'avait démontré en 1989 : l'énergie est nécessaire, mais η détermine combien de cette énergie se transforme réellement en richesse — ou en victoire.

Le principe du premier thermodynamique appliqué à l'économie

Le premier principe de la thermodynamique est sans appel : l'énergie ne se crée pas, elle se transforme. Toute machine, tout procédé chimique, toute activité humaine nécessite un apport d'énergie. Ce qui distingue les différentes sources d'énergie, c'est leur densité énergétique — la quantité d'énergie contenue dans une unité de masse ou de volume — et leur versatilité.

Le pétrole, avec une densité énergétique de 34–37 MJ/litre et une facilité de transport sans équivalent, a permis une industrialisation que les sources d'énergie précédentes — charbon, bois, force animale — ne pouvaient pas soutenir à cette échelle.

« Pour chaque baril de pétrole investi globalement dans la recherche et la production de nouveau pétrole, environ 10 à 20 barils sont livrés à la société. Ce surplus énergétique a permis le développement de l'ensemble de notre civilisation. »

Hall & Klitgaard, Energy and the Wealth of Nations (2018)

L'EROI : l'énergie retournée sur l'énergie investie

Le concept d'EROI (Energy Return on Investment) — ou ERFEI en français — est l'instrument analytique le plus puissant pour évaluer la viabilité réelle d'une source d'énergie. Développé par Charles Hall dans les années 1970 et formalisé dans ses travaux ultérieurs,[2] il mesure combien d'unités d'énergie une société reçoit pour chaque unité investie dans l'extraction.

EROI = Énergie produite ÷ Énergie investie Un EROI de 10:1 signifie que pour 1 baril investi, 10 barils sont récupérés.
Un EROI de 1:1 signifie que toute l'énergie produite est consommée pour produire cette énergie.
En dessous de ~5:1, la société n'a plus suffisamment de surplus pour maintenir sa complexité.

L'évolution de l'EROI des sources d'énergie

Source d'énergie EROI estimé Tendance Visualisation
Pétrole US (années 1930) ~100:1 ↓ Historique
Pétrole mondial (2020) ~15–20:1 ↓ En déclin
Pétrole de schiste (US) ~5–8:1 → Stable/bas
Sables bitumineux (Alberta) ~3–5:1 ↓ Dégradation
Éolien terrestre (système complet) ~15–20:1 ↑ En amélioration
Solaire photovoltaïque (système) ~8–12:1 ↑ En amélioration
Hydroélectricité ~40–80:1 → Stable

Sources : Hall et al. (2014),[3] Murphy & Hall (2010),[4] Lambert et al. (2014).[5]

La falaise de l'énergie nette

Hall et Lambert ont démontré que la relation entre EROI et énergie nette disponible n'est pas linéaire — elle est exponentielle. En dessous d'un EROI de 5:1, chaque point de baisse supplémentaire provoque une réduction catastrophique de l'énergie disponible pour la société après déduction des coûts d'extraction. C'est ce qu'ils appellent la « falaise de l'énergie nette ».[5]

Le paradoxe de Jevons : pourquoi l'efficacité ne résout pas le problème

En 1865, l'économiste William Stanley Jevons a observé un phénomène contre-intuitif : l'amélioration de l'efficacité du moteur à vapeur de James Watt n'avait pas réduit la consommation de charbon en Angleterre — elle l'avait augmentée. Un système plus efficace réduit le coût unitaire du travail effectué, ce qui stimule la demande pour ce travail, et finalement augmente la consommation totale de ressources.

Ce paradoxe s'applique directement aux politiques d'efficacité énergétique contemporaines : les voitures hybrides, les bâtiments mieux isolés, les appareils électroménagers plus efficaces génèrent des économies qui sont réinvesties dans d'autres formes de consommation. À l'échelle macroéconomique, l'efficacité seule ne suffit pas à réduire la consommation totale d'énergie — elle peut même l'augmenter.

La stagnation séculaire vue par le prisme énergétique

Depuis les années 1970, les économistes documentent un ralentissement persistant de la croissance de la productivité dans les pays industrialisés. Tyler Cowen l'a popularisé sous le nom de « grande stagnation »[7] et Larry Summers parle de « stagnation séculaire ».[8] Leurs explications varient : manque d'innovation, démographie, inégalités croissantes, excès d'épargne.

Hall et Klitgaard proposent une explication radicalement différente : la stagnation est d'abord un phénomène énergétique. Le pic de production pétrolière américaine en 1970, puis les chocs pétroliers de 1973 et 1979, ont mis fin à l'ère de l'énergie abondante et bon marché qui avait rendu possible la croissance rapide de l'après-guerre.

La chronologie des événements

1956

Hubbert prédit le pic pétrolier américain

Le géologue M. King Hubbert calcule que la production pétrolière des États-Unis atteindra son maximum entre 1966 et 1971. Il est ridiculisé.

1970

Le pic pétrolier américain est atteint

La production confirme la prédiction de Hubbert. Les États-Unis deviennent importateurs nets de pétrole. La stagnation des salaires réels commence.

1973

Premier choc pétrolier

L'embargo de l'OPEP révèle la vulnérabilité des économies industrialisées. La croissance économique ralentit simultanément dans tous les pays développés.

1984

Pic pétrolier soviétique

Kolodziej et Reynolds démontreront plus tard que le déclin de la production pétrolière soviétique — et non les politiques de Reagan — est la cause principale de l'effondrement de l'URSS en 1991.[6]

2005

Pic du pétrole conventionnel mondial

La production mondiale de pétrole léger conventionnel atteint son maximum. Les prix commencent leur ascension vers les niveaux records de 2008.

2008

Crise financière

Hall et Klitgaard soutiennent que la crise financière de 2008 est, au moins partiellement, une crise énergétique : des prix du pétrole élevés ont comprimé le pouvoir d'achat des ménages, déclenchant les défauts hypothécaires.

2018

Hall & Klitgaard publient la 2e édition

Energy and the Wealth of Nations devient le texte de référence de l'économie biophysique, formalisant mathématiquement et empiriquement la thèse développée intuitivement en 2006.

Le modèle « cheese slicer » de Hall

Hall et Klitgaard proposent une représentation visuelle saisissante de l'impact du déclin de l'EROI sur la structure de l'économie. Ils imaginent le PIB comme un fromage tranché en couches successives : d'abord l'énergie nécessaire à l'extraction de l'énergie, puis l'entretien des infrastructures, puis les biens de première nécessité, et enfin — ce qu'il reste — les dépenses discrétionnaires et l'investissement productif.

Lorsque l'EROI baisse, la première tranche — l'énergie pour obtenir l'énergie — grossit, et c'est la dernière tranche, celle des investissements discrétionnaires et de la recherche-développement, qui rétrécit. L'économie ralentit non pas parce que les humains sont moins ingénieux, mais parce que la physique réduit mécaniquement la marge de manœuvre.

« Si la consommation de pétrole per capita est réduite, il y a 30% de chances d'avoir une récession, alors que cette probabilité n'est que de 2% lorsqu'il y a croissance de la consommation de pétrole per capita. »

Samuel Foucher, Graphoilogy (2006) — cité dans Gagnon (2006)

Ce que cela signifie pour le Québec et le Lac-Saint-Jean

Les principes de l'économie biophysique ne sont pas seulement des abstractions académiques. Ils ont des implications concrètes et urgentes pour les décisions que prennent aujourd'hui les élus, les entrepreneurs et les décideurs régionaux du Québec.

L'avantage structurel du Québec

Le Québec occupe une position exceptionnelle dans ce contexte mondial. Son hydroélectricité — avec un EROI de 40 à 80:1, parmi les plus élevés de toutes les sources d'énergie — est un actif stratégique dont la valeur relative augmente à mesure que l'EROI des énergies fossiles décline. La région du Lac-Saint-Jean, avec sa ressource forestière considérable et son accès à cette énergie à faible coût, dispose d'une combinaison rare.

Questions stratégiques pour les décideurs régionaux

Électrification industrielle

Les locomotives diesel-électriques sont parmi les candidats les plus réalistes à une électrification directe. L'exploitation forestière et minière lourde représente un défi différent — mais le potentiel de réduction de la dépendance aux combustibles importés est considérable pour une région éloignée des raffineries.

Valorisation de la biomasse forestière

La Finlande a développé des modèles intégrés de valorisation des résidus forestiers — énergie, matériaux, chimie verte — qui transforment ce qui était des déchets en sources de revenus. Pour une région à vocation forestière, l'enjeu n'est pas seulement environnemental : c'est un enjeu de valeur ajoutée locale et de résilience économique face à la volatilité des marchés d'exportation.

Construction en bois et densification urbaine

Les villes européennes ont démontré que la densification urbaine autour du transport collectif réduit drastiquement la consommation d'énergie per capita sans réduire le niveau de vie. Pour une ville comme Roberval, la question n'est pas de copier Vienne, mais d'anticiper quels types d'investissements urbains auront encore du sens dans 30 ans dans un contexte d'énergie plus coûteuse.

Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles étaient déjà posées en 2006. Ce qui a changé, c'est que les données disponibles, la maturité des technologies alternatives, et l'urgence climatique ont convergé pour les rendre incontournables — et que les régions qui auront anticipé ces transitions seront celles qui en tireront le plus d'avantages économiques.

Voir la structure avant les données

Le principe que l'énergie est le fondement physique de toute croissance économique n'est pas une idée marginale ou radicale. C'est une conséquence directe des lois de la thermodynamique, confirmée empiriquement par des décennies de données sur la relation entre consommation énergétique et PIB.

Ce qui est remarquable, c'est que cette évidence reste absente de la grande majorité des débats de politique économique. On parle de taux d'intérêt, de déficits budgétaires, de productivité, d'innovation — rarement d'EROI, de densité énergétique ou de surplus net d'énergie. Pourtant, c'est à ce niveau que se jouent les contraintes fondamentales sur ce que les sociétés peuvent ou ne peuvent pas faire.

Pour les élus et décideurs régionaux, intégrer ce cadre analytique ne signifie pas adopter une vision catastrophiste. Cela signifie poser les bonnes questions : quelles activités économiques ont un avenir dans un monde d'énergie plus coûteuse? Quels actifs locaux — forêts, hydroélectricité, savoir-faire industriel — ont une valeur qui va croître? Quels investissements d'aujourd'hui auront encore du sens dans 30 ans?

« L'économie ne peut pas rester intacte sans l'apport d'une source d'énergie polyvalente, portable, fiable et économique. »

Pascal Gagnon, Le déclin de l'économie pétrolière (2006)

Références et lectures complémentaires

P

Note personnelle — Pascal Gagnon

En 2006, je déposais un rapport d'économie à l'UQAC sans mesurer pleinement ce que je venais de construire. Ce que je croyais être une analyse conjoncturelle du pétrole était en réalité un cadre analytique que j'allais appliquer, presque instinctivement, à presque tout le reste.

L'histoire romaine, la fonction de l'or et de l'argent comme instruments de stockage et de transport d'énergie condensée à travers le temps et l'espace, les dynamiques des conflits armés — tout finit par passer dans ce prisme. L'énergie disponible, la qualité des institutions qui la convertissent, l'écart entre les deux : la formule tourne en arrière-plan de mes analyses depuis vingt ans, même quand je ne la nomme pas.

Mais le cadre avait une lacune. La variable η — l'efficacité institutionnelle — fonctionne bien dans des conditions normales. Elle se dérègle quand les économies sont poussées à la limite, notamment en temps de guerre, là où les contraintes deviennent existentielles et où les règles habituelles du jeu sont suspendues.

C'est en observant la guerre en Ukraine que la formule a demandé à être complétée. D'un côté, une industrie de drones décentralisée, itérative, nourrie par des milliers de petites équipes qui apprennent et s'adaptent en temps réel. De l'autre, une machine de guerre centralisée, lourde, lente à intégrer ses propres leçons. Le différentiel de rendement n'était pas seulement institutionnel — il était d'un autre ordre.

Cette réflexion, comme beaucoup d'autres, m'est venue en marchant. J'accumule chaque semaine plusieurs heures de marche et de podcasts, et c'est souvent dans ce mouvement que les concepts issus de domaines différents s'entrechoquent et produisent quelque chose d'inattendu. Les outils d'IA sont devenus le filet qui attrape ces intuitions avant qu'elles ne disparaissent — et parfois, comme ici, qui aide à les formaliser.

Pascal Gagnon, Roberval, 2025